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Prisons saoudiennes: les migrants éthiopiens frappés et « obligés de boire l’eau des toilettes »

De gauche à droite : des détenus éthiopiens dans un centre de rétention à Riyad, en Arabie saoudite ; des détenus éthiopiens contraints de dormir dans les toilettes à même le sol, à cause du manque de place, dans un centre de rétention à Jazan. Images prises en août 2021. © Facebook

Enfermés dans des cellules surpeuplées et insalubres, maltraités et battus, manquant de nourriture et de soins médicaux : des milliers de migrants éthiopiens détenus dans les prisons saoudiennes vivent dans des conditions épouvantables, au point que leur vie s’en trouve menacée. Notre Observatrice nous a alertés sur le récent décès de dix de ses compatriotes.

Le 23 août, le consulat d’Éthiopie en Arabie saoudite a publié une liste de dix ressortissants éthiopiens morts, dont un enfant, dans le centre de rétention Al-Shumaisi, à Djeddah. Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, le consulat n’a pas souhaité s’exprimer sur les raisons de ces décès.

Cette découverte macabre n’a pas étonné notre Observatrice Arafat Jibril Bakrii, militante éthiopienne des droits humains, qui est en contact régulier avec des Éthiopiens incarcérés dans des prisons saoudiennes, où les maladies dues au manque d’hygiène, comme les diarrhées et les infections cutanées, sont courantes.

Ces dernières semaines, elle a reçu plusieurs vidéos montrant notamment un homme au visage émacié, des détenus contraints de dormir à même le sol à proximité de toilettes débordant d’excréments, où encore un homme avec le dos marqué de traces de coups de fouet.

Capture d'écran d'une vidéo tournée en août 2021 et montrant des migrants éthiopiens entassés dans les toilettes d'un centre de rétention à Jazan, en Arabie saoudite.
Capture d’écran d’une vidéo tournée en août 2021 et montrant des migrants éthiopiens entassés dans les toilettes d’un centre de rétention à Jazan, en Arabie saoudite.
Capture d’écran d’une vidéo tournée en août 2021 et montrant des migrants éthiopiens entassés dans des toilettes insalubres, dans un centre de rétention à Jazan, en Arabie saoudite. © Internet

Début juin, les autorités saoudiennes ont lancé une vaste opération d’arrestations de migrants éthiopiens, même ceux en situation régulière, n’hésitant pas à les interpeller dans les rues, les cafés, et à prendre d’assaut leurs maisons.

Après un accord bilatéral avec l’Arabie saoudite, les autorités éthiopiennes organisent régulièrement des vols de rapatriement de leurs ressortissants. Au 7 juillet 2021, 35 vols vers Addis Abeba avaient été effectués. Au total, 40 000 Éthiopiens avaient été rapatriés selon l’Organisation internationale des migrations (OIM).

« Mon seul tort est que je n’ai pas de permis de séjour »

Joint par la rédaction des Observateurs, Muhammad (pseudonyme), est incarcéré dans un centre de détention près de Riyad.

 

Nous sommes entassés à plus de 350 personnes dans une salle. Certains sont contraints de dormir dans les toilettes au milieu des odeurs nauséabondes, à cause du manque de place. Il fait très chaud, et on reçoit très peu de nourriture, une baguette de pain par jour, servie le soir. Beaucoup tombent malades à cause de ça, ils ont des boutons, de la diarrhée, de la fièvre.

Je n’ai même pas de quoi me payer un rasoir pour me raser la barbe et les cheveux. Ils nous donnent juste une petite bouteille d’eau pour toute la journée. On est souvent obligés de boire l’eau des toilettes.

Parfois, les geôliers nous battent, quand ils découvrent par exemple que quelqu’un possède un téléphone portable. Ici, c’est l’enfer, on peut mourir.

Je suis venu ici pour travailler et aider ma famille. Mais quatre mois après mon arrivée, j’ai été arrêté et je croupis depuis dans cette prison, alors que je n’ai commis aucun crime. Mon seul tort est que je n’ai pas de permis de séjour.

La seule chose que nous demandons, c’est d’être reconduits dans notre pays le plus rapidement possible, pour sortir de ce cauchemar.

Je voudrais que les imams et les prêtres parlent de nous dans les mosquées et les églises d’Éthiopie, que les artistes et les célébrités éthiopiennes se mobilisent et dénoncent la situation dans laquelle nous vivons, dans les médias, partout.

 

Le 23 août, des familles de détenus ont organisé un rassemblement devant l’ambassade d’Arabie saoudite à Addis Abeba, la capitale éthiopienne, exhortant les autorités saoudiennes à cesser les maltraitances envers leurs proches. Selon la télévision publique éthiopienne, environ 80 000 Éthiopiens seraient actuellement encore en détention dans le royaume.

Des Éthiopiens manifestent devant l’ambassade d’Arabie saoudite, le 23 août 2021, pour dénoncer les abus dont sont victimes leurs compatriotes dans les centres de rétention saoudiens. © Facebook

Le porte-parole du ministère éthiopien des Affaires étrangères, Din Mufti, a déclaré le 2 juillet que son pays percevait cette vague d’expulsions comme faisant partie des pressions exercées par les pays de la Ligue arabe, dont l’Arabie saoudite, pour dissuader l’Éthiopie de poursuivre le remplissage du Grand barrage de la Renaissance (Gerd).

Construit par l’Éthiopie en amont du Nil, ce barrage est l’objet de tensions depuis 2011 avec l’Égypte et le Soudan, qui craignent pour leurs ressources en eau.

Ces derniers mois, les conditions de détention des migrants éthiopiens se sont sensiblement dégradées, explique Arafat Jibril Bakrii, présidente de l’organisation de défense des droits des Oromos (ethnie éthiopienne).

« Une femme m’a raconté avoir vu une codétenue mourir sous ses yeux »

 

Il y a quelques mois, les personnes qui me contactaient me racontaient qu’elles recevaient trois repas par jour et qu’elles avaient accès à un médecin quand elles étaient malades.

Mais maintenant, elles n’obtiennent plus qu’un bout de pain, et l’eau est aussi distribuée au compte-gouttes. Cette détérioration de leurs conditions de vie s’explique par le nombre croissant des arrestations et des détentions.

C’est en effectuant une visite dans le centre de rétention Al-Shumaisi de Djeddah que le consulat a découvert que dix Éthiopiens, dont un enfant de six ans, étaient morts. Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Le consulat d’Éthiopie n’a pas accès à toutes les prisons saoudiennes, mais uniquement aux centres de rétention, celui de Riyad et de Djeddah.

Souvent, avant d’être emmenés en centre de rétention, les Éthiopiens arrêtés sont placés dans des prisons préventives. Et personne ne sait combien d’Éthiopiens meurent dans ces prisons. Je n’ai que des témoignages qui me parviennent de temps à autre.

Il y a un mois, une femme incarcérée dans une prison pour femmes de Djeddah m’a raconté qu’une codétenue était morte sous ses yeux. Elle était très affaiblie, et on ne savait pas de quoi elle souffrait.

J’ai discuté avec un homme frappé par les gardiens parce qu’ils avaient trouvé sur lui un téléphone portable. Ils l’ont sorti dans la cour, ils l’ont frappé avec un fouet et ont jeté de l’eau sur lui, puis l’ont ramené dans sa cellule.

Photo transmise par un détenu en Arabie saoudite. Sur son dos, des marques de coups de martinet. Août 2021. © France 24

Cette photo m’a été transmise du centre de rétention Al-Shumaisi de Riyad. La personne m’a expliqué que 500 hommes étaient enfermés dans cette salle. Des détenus de ce même centre m’ont envoyé la photo d’un codétenu, terriblement amaigri. Ils s’inquiètent pour sa santé, car il n’a pas été transporté à l’infirmerie ou à l’hôpital.

Des dizaines de migrants éthiopiens entassés dans une salle du centre de rétention Al-Shumaisi, à Riyad. Août 2021. © Internet

Dans une enquête publiée en octobre 2020, Amnesty International avait déjà fait état de plusieurs cas de torture sur des détenus éthiopiens, notamment deux détenus qui ont reçu des décharges électriques après s’être plaints de leurs conditions de détention. L’ONG avait appelé les autorités saoudiennes à « améliorer sans délai les conditions de détention, mettre fin à la torture et aux mauvais traitements, et veiller à fournir un accès suffisant à de la nourriture, de l’eau, des sanitaires, des soins de santé, des logements et des vêtements ».

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