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HISTOIRE :Abraham Hanibal, l’esclave africain devenu général de Pierre le Grand en Russie 🇷🇺

HISTOIRE :Abraham Hanibal, l’esclave africain devenu général de Pierre le Grand

En 1703, le petit garçon noir est arraché à sa terre natale et expédié à la cour de Russie. Là, «adopté» par Pierre le Grand, il va se forger un destin extraordinaire.

Mon petit Abraham, je t’ai fait mal pour rien ; rappelle-le moi le jour où tu commettras une faute afin que je te pardonne», dit Pierre Ier à celui qu’il vient de rosser sévèrement. Réveillé en pleine sieste par des gamins trop bruyants, le tsar n’a pas cherché à identifier les vrais coupables et a battu le premier venu à coups de canne. Quelques heures plus tard, quand il apprend l’innocence de celui qu’il vient de corriger, il ne peut s’empêcher de s’excuser. Des égards étonnants envers un enfant de la part d’un homme aussi puissant et dépeint comme colérique, capricieux et sanguinaire. Mais Abraham est spécial. Et il le restera. Ancien esclave devenu général de l’armée russe, il a fait de sa vie un roman et sera considéré comme l’Africain le plus puissant et le plus fortuné des Lumières. Ses descendants brilleront aussi puisque son arrière-petit-fils n’est autre que le dramaturge russe Alexandre Pouchkine.

Abraham Hanibal devient esclave à 7 ans


En 1703, la vie d’Abraham Hanibal connaît un premier bouleversement. A 7 ans, il est raflé par les Ottomans dans la région de l’actuel lac Tchad et réduit en esclavage à Constantinople. Converti à l’islam, il est rebaptisé Ibrahim. Un an plus tard, il est acheté par un marchand russe, qui l’envoie à Moscou. « L’ambassadeur de Russie à Constantinople le tira je ne sais comment du sérail où il était gardé comme otage », écrira Pouchkine. Mais le trajet est périlleux. La mer Noire, encore considérée comme un lac turc, est infestée d’ennemis. Le convoi est contraint de se lancer dans une expédition harassante à travers les Balkans et les steppes ukrainiennes. Il arrive finalement à Moscou à l’automne 1704.

Pierre le Grand impose l’instruction aux jeunes nobles

A l’époque, le tsar Pierre Ier le grand est obsédé par la modernisation de son empire qui en est encore au stade du Moyen Age. Il veut occidentaliser cet immense Etat à cheval entre Europe et Asie. Et pour lui, cela passe par l’instruction : « Tout jeune noble doit se consacrer depuis l’âge de 10 ans jusqu’à son entrée au service, cinq ans plus tard, à l’étude de la grammaire, de l’arithmétique et de la géométrie », décrète-t-il. Mais son grand projet se heurte à l’attitude conservatrice de l’élite. Pas question pour elle d’envoyer ses rejetons à l’école. L’étude des sciences et des lettres n’est pas faite pour les Russes, affirme-t-on. Il faut dire que Pierre n’y met pas les formes : « A l’académie navale, de vieux soldats retraités se tenaient à la porte de chaque classe, cravache en main pour rétablir l’ordre si besoin. »

L’arrivée en Russie du petit Ibrahim intervient dans ce contexte de défiance. Son rachat est en réalité l’objet d’une mission secrète. « Trouvez-moi les meilleurs et les plus doués des esclaves », a ordonné le tsar à ses émissaires en pays ottoman. Il faut mater cette noblesse réfractaire. Lui prouver qu’un petit Russe – ou un esclave –, mis dans les meilleures conditions d’instruction, peut s’élever aussi haut que les enfants des autres pays européens. Pierre le Grand rompt avec les préjugés. Le tsar « juge les têtes selon les facultés, les mains selon leur adresse, et non selon la couleur de peau », assure l’historien Natan Eydelman.

Abraham Hanibal devient le filleul de Pierre le Grand

A la cour, le jeune Africain est immédiatement pris en charge par le tsar. Il est affranchi, habillé, on lui enseigne le russe et, en 1705, il est baptisé selon le rite chrétien orthodoxe sous le nom d’Abraham Petrovitch. Il devient le filleul de Pierre le Grand lui-même, qui l’adopte et le traite comme ses propres enfants. « Un jour qu’ils partaient en balade, le petit garçon s’arrêta pour satisfaire un besoin. Pris de frayeur, il s’écria : “Sire ! Sire ! Mon intestin est en train de sortir.” “Tu mens, répondit le tsar : Ce n’est pas ton intestin, c’est un ver.” Aussitôt Pierre le lui retira de ses propres doigts », relate Alexandre Pouchkine.

En plus de l’affection s’instaure entre eux une relation de travail. Pierre Ier ne s’arrête jamais : il se réveille la nuit pour noter ses pensées. Abraham devient son secrétaire nocturne. Il dort dans sa chambre ou dans celle attenante. « Mon ancêtre nègre Hanibal se montra zélé et intègre. Confident, non valet du tsar », raconte Pouchkine dans Ma généalogie. Ayant remarqué l’appétence particulière du petit Abraham pour les mathématiques, le tsar le confie aux meilleurs professeurs et commande pour lui les derniers ouvrages parus à l’étranger.

Abraham Hanibal part étudier l’ingénierie militaire à Paris

Toujours dans le but de moderniser son empire, le tsar veut aller plus loin. « Agacé de rencontrer constamment des sujets sans instruction, il décide d’envoyer des jeunes Russes étudier à l’étranger afin qu’ils découvrent des choses utiles, qu’ils les étudient et qu’ils reviennent les mettre en pratique au pays », explique l’historien Oleg Tchistiakov. Elève brillant en mathématiques, Abraham est l’un d’eux. En 1717, il s’exile à Paris pour y étudier l’ingénierie militaire. Il a 21 ans.

Mais après quelques mois, les difficultés financières l’accablent. Afin de recevoir sa formation d’ingénieur, il s’engage dans les troupes de Louis XV qui affrontent alors l’Espagne. « J’ai servi dans l’armée en qualité d’ingénieur-lieutenant et j’ai servi un an et demi dans un régiment », écrit-il dans une lettre au tsar. Débrouillard, le jeune homme profite de ses états de service pour intégrer ensuite la prestigieuse Ecole royale d’artillerie de La Fère. « Les étrangers n’étaient pas admis, excepté ceux qui avaient servi dans l’armée française. J’ai pensé que Sa Majesté ne serait pas contrariée… » se justifie-t-il. Le tsar ne lui en veut pas. Il sort de l’établissement avec le double titre de capitaine de l’armée française et ingénieur du roi. En 1723, il rentre en Russie.

Deux ans plus tard, Pierre le Grand décède. Abraham est dévasté. La femme du tsar monte sur le trône. Catherine Ire connaît le filleul de son défunt mari depuis son arrivée à la cour et apprécie particulièrement « son dévouement pour la famille tsariste, ses capacités et son érudition ». Elle décide de lui confier la tâche d’enseigner les mathématiques au jeune tsarévitch. Une mission qu’Abraham remplit avec zèle et fidélité.

En parallèle, Abraham met à profit ses compétences acquises en France. Il rédige un manuscrit, Fortification et Géométrie pratique, qu’il remet à l’impératrice. « Ce livre contient des éléments, traduits du français au russe, de livres d’ingénieurs savants […] et comprend toutes les questions relatives à la construction des fortifications », précise-t-il dans une lettre destinée à la tsarine. Ce splendide ouvrage, en deux tomes, conservé encore de nos jours à l’Académie des sciences russe, fait de lui l’un des pionniers de l’ingénierie de défense militaire dans son pays. Dorénavant, il est le « Vauban russe ». Mais le malheur va s’abattre sur Abraham lorsque Catherine Ire meurt en 1727.

Trois ans d’exil

Après la disparition de l’impératrice, Abraham paie le prix d’une série d’intrigues de cour. « Il est exilé en Sibérie sous un prétexte spécieux », dira Pouchkine. Après trois ans passés à sillonner l’extrême-Orient russe et à redouter l’exécution, il est rappelé par la nouvelle tsarine, Anna Ivanovna. Encore une fois, Pierre le Grand, même mort, influe sur son destin. L’ impératrice n’est-elle pas la nièce du grand tsar… Entre-temps, il décide de changer de nom. Depuis la mort de son père spirituel, le nom Petrovich l’accable de nostalgie. Il décide alors de s’en trouver un à sa mesure, qui lui ressemble. Ce sera Hanibal. Comme le général punique, farouche ennemi des Romains (qui lui a deux N à son nom cependant). Il est africain, militaire, il lui correspond. En 1730, Abraham Hanibal rentre à Saint-Pétersbourg.

En parallèle, Abraham met à profit ses compétences acquises en France. Il rédige un manuscrit, Fortification et Géométrie pratique, qu’il remet à l’impératrice. « Ce livre contient des éléments, traduits du français au russe, de livres d’ingénieurs savants […] et comprend toutes les questions relatives à la construction des fortifications », précise-t-il dans une lettre destinée à la tsarine. Ce splendide ouvrage, en deux tomes, conservé encore de nos jours à l’Académie des sciences russe, fait de lui l’un des pionniers de l’ingénierie de défense militaire dans son pays. Dorénavant, il est le « Vauban russe ». Mais le malheur va s’abattre sur Abraham lorsque Catherine Ire meurt en 1727.

Trois ans d’exil

Après la disparition de l’impératrice, Abraham paie le prix d’une série d’intrigues de cour. « Il est exilé en Sibérie sous un prétexte spécieux », dira Pouchkine. Après trois ans passés à sillonner l’extrême-Orient russe et à redouter l’exécution, il est rappelé par la nouvelle tsarine, Anna Ivanovna. Encore une fois, Pierre le Grand, même mort, influe sur son destin. L’ impératrice n’est-elle pas la nièce du grand tsar… Entre-temps, il décide de changer de nom. Depuis la mort de son père spirituel, le nom Petrovich l’accable de nostalgie. Il décide alors de s’en trouver un à sa mesure, qui lui ressemble. Ce sera Hanibal. Comme le général punique, farouche ennemi des Romains (qui lui a deux N à son nom cependant). Il est africain, militaire, il lui correspond. En 1730, Abraham Hanibal rentre à Saint-Pétersbourg.

Mariage d’amour avec Christine-Régine de Schoëberg

Traumatisé par la forfaiture de sa femme, Hanibal demande sa retraite anticipée. Il l’obtient et acquiert des terres en Estonie où il panse ses plaies dans la solitude, jusqu’à ce qu’il rencontre Christine-Régine de Schoëberg, fille d’un officier suédois en garnison à Reval (actuelle Tallinn). C’est l’amour fou. Réciproque cette fois-ci. Sept enfants naissent de leur union. Finalement, Abraham reprend du service. Au gré des avancements, il obtient le grade de lieutenant-colonel, puis de général-major en 1741, quand Elisabeth Petrovna, fille de… Pierre le Grand, devient impératrice. Dans la hiérarchie impériale, le général-major est le quatrième personnage de l’Etat.

Abraham Hanibal, « un spécialiste irremplaçable »

Dorénavant, Hanibal est considéré comme « un spécialiste irremplaçable ». De la frontière chinoise à la mer Noire, de la Baltique à l’Oural, il dessine, crée et modernise les remparts de l’empire. Devenu général-lieutenant en 1755, il supervise « les plans et les cartes de toutes les frontières, des fortifications, et des lignes de défense de la Russie impériale ». En 1762, à la faveur d’un changement de pouvoir et de la résurgence des inimitiés, Hanibal est mis à la retraite. Il a alors 66 ans. Pendant près de vingt ans, il va mener une existence paisible aux côtés de sa femme bien-aimée dans les environs de Saint-Pétersbourg. Finalement, « Hanibal meurt sous le règne de la Grande Catherine, dispensé de ses hautes fonctions avec le grade de général en chef, il avait 85 ans », retrace Pouchkine.

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