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Les pays européens accusent les États-Unis de profiter de la guerre en Ukraine

« Le pays qui profite le plus de cette guerre, ce sont les États-Unis parce qu’ils vendent plus de gaz et à des prix plus élevés, et parce qu’ils vendent plus d’armes », a déclaré un haut responsable politique à Politico.

Les tensions entre les États-Unis et les pays de l’Union européenne s’accentuent, les Européens accusant les Américains de “tirer profit de la guerre”. Entre les prix du gaz exporté en Europe, la loi américaine sur la réduction de l’inflation qui prévoit des subventions historiques ou encore le marché de l’armement… les sujets de discorde sont multiples. Des “fractures” qui pourraient arranger la Russie.

Des responsables européens ont exprimé leur “fureur” contre l’administration Biden et accusent les Américains de « faire fortune pendant la guerre tandis que les pays européens souffrent ». « Le fait est que, si vous le regardez sobrement, le pays qui profite le plus de cette guerre, ce sont les États-Unis parce qu’ils vendent plus de gaz et à des prix plus élevés, et parce qu’ils vendent plus d’armes », a déclaré un haut responsable au média politique américain Politico.

Ce même haut responsable estime que “le double coup” des États-Unis, à savoir la loi sur la réduction de l’inflation et les prix élevés du gaz, pourrait non seulement faire “changer d’avis à l’opinion publique” à propos de la guerre en Ukraine mais également “à propos de l’alliance transatlantique”. « L’Amérique doit se rendre compte que l’opinion publique évolue dans de nombreux pays de l’UE”, a-t-il dit.

Le gaz de la discorde

Depuis le déclenchement de l’intervention militaire russe en Ukraine, les pays européens tentent de réduire leur dépendance aux énergies russes. Des menaces de pénuries d’énergie planent cet hiver en raison de la pression sur les approvisionnements en gaz. Afin de réduire cette dépendance, les pays de l’Union européenne sollicitent le gaz américain. Toutefois, celui-ci leur est cédé à presque quatre fois plus cher que celui pratiqué sur le sol américain.

« Les États-Unis nous vendent leur gaz avec un effet multiplicateur par quatre lorsqu’ils traversent l’Atlantique », a déclaré mercredi 23 novembre le commissaire européen au Marché intérieur Thierry Breton à la télévision française. « Bien sûr, les Américains sont nos alliés… mais quand quelque chose ne va pas, il faut aussi le dire entre alliés”, a-t-il ajouté.

Le président Macron s’est également plaint du prix élevé des exportations du gazaméricain. Il a annoncé son intention d’aborder cette question avec Joe Biden lors de sa visite d’État à Washington. “Les États-Unis sont producteurs d’un gaz peu cher qu’ils nous vendent cher”, a-t-il déclaré aux industriels français le 8 novembre. Le ministre allemand de l’Économie, Robert Habeck, a aussi critiqué les prix « excessifs » du gaz pratiqués par certains fournisseurs « amis », comme les États-Unis, appelant Washington à faire preuve de plus de « solidarité » et à aider à réduire les coûts de l’énergie.

Les réactions américaines aux plaintes européennes ne se sont pas fait attendre. Pour un porte-parole du Conseil américain de sécurité, cité encore par Politico, « la hausse des prix du gaz en Europe est causée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Poutine et sa guerre énergétique contre l’Europe (…) Les hausses des exportations du gaz naturel depuis les États-Unis vers l’Europe ont sensiblement augmenté et ont permis à l’Europe de diversifier ses sources d’énergie », a-t-il ajouté, relayé par la même source.

Le média politique américain cite également un responsable américain qui affirme que les prix du gaz exporté “reflètent les décisions du marché privé et n’est pas le résultat d’une politique ou d’une action du gouvernement américain. Les entreprises américaines ont été des fournisseurs de gaz naturel transparent et fiable pour l’Europe », a-t-il dit.

Le même responsable explique que “dans la plupart des cas, les exportateurs américains de GNL ne bénéficient pas entièrement de la différence entre les prix à l’exportation et à l’importation. Les entreprises qui revendent le gaz au sein de l’UE en profitent. Le plus grand détenteur européen de contrats gaziers américains à long terme est par exemple le Français TotalEnergies”, rappelle-t-il.

Le même porte-parole du Conseil américain de sécurité, dont l’identité n’a pas été dévoilée, estime que “l’augmentation de l’approvisionnement mondial en GNL, menée par les États-Unis, a aidé les alliés et partenaires européens à augmenter les niveaux de stockage à un niveau encourageant avant cet hiver. Nous continuerons à travailler avec l’UE, ses membres, et d’autres pays européens pour s’assurer que des approvisionnements suffisants seront disponibles pour l’hiver et au-delà”, a-t-il dit.

L’IRA suscite l’ire des Européens

Les prix jugés élevés par les pays européens ont été évoqués auprès de Joe Biden lors de la dernière réunion du G20, qui s’est déroulée à Bali les 15 et 16 novembre derniers. Le président américain “ne semblait tout simplement pas au courant de la question”, selon le haut responsable chez l’UE cité par Politico.

Les pays européens, qui subissent une inflation galopante depuis le début de la guerre en Ukraine, craignent surtout “un effondrement des industries européennes”. La faute à la loi américaine sur la réduction de l’inflation (IRA), qui prévoit un programme de subventions industrielles de 369 milliards de dollars pour soutenir les industries vertes. Ces subventions ont accentué les doutes des pays européens quant à la nature de leur relation avec les États-Unis. « La loi sur la réduction de l’inflation a tout changé », a déclaré un diplomate européen : « Washington est-il toujours notre allié ou pas ?”.

Le 22 novembre, le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, a accusé les États-Unis de s’engager sur la voie du protectionnisme. Il a exhorté Bruxelles à prendre des mesures pour se prévenir de ces mesures « discriminatoires » à l’égard des industries européennes produisant des voitures électriques : « L’Europe ne doit pas être le dernier des Mohicans« , a-t-il dit, proposant même de saisir l’Organisation mondiale du commerce (OMC). La ministre néerlandaise du Commerce, Liesje Schreinemacher, a exprimé sa préoccupation quant à cette loi américaine : “L’impact potentiel sur l’économie européenne est très important”. Tonino Picula, chef de file du Parlement européen pour les relations transatlantiques, a quant à lui déclaré que “les États-Unis suivent un programme national, qui est malheureusement protectionniste et discriminatoire à l’encontre de ses alliés ».

Bruxelles, qui estime que les entreprises européennes sont déjà pénalisées par la hausse des prix de l’énergie, affirme tout simplement que ces subventions « détruiront les industries européennes ».

“Certaines grandes entreprises étrangères qui voulaient s’installer en Europe hésitent désormais entre des sites européens et des sites américains”, avait expliqué le ministre français de l’Économie, début novembre. Selon lui, “en France, les premières estimations indiquent que ce sont dix milliards d’investissements et des milliers d’emplois industriels qui sont en jeu”.

Accélérer la vente d’armes

Politico explique que des entreprises prévoient de nouveaux investissements aux États-Unis ou même de délocaliser leurs activités existantes hors d’Europe vers des usines américaines. Par exemple, la multinationale chimique Solvay a annoncé cette semaine que « son choix se porterait sur les États-Unis plutôt que sur l’Europe pour de nouveaux investissements”.

Le diplomate Josep Borrell, le chef de la politique étrangère de l’UE, a appelé les États-Unis à « répondre aux préoccupations des Européens ». « Les Américains prennent des décisions qui ont un impact économique sur nous », a-t-il déclaré au même média.

L’Union européenne prépare ses ripostes, comme des subventions, pour empêcher l’industrie européenne d’être “anéantie”.Leur préoccupation ne se limite pas uniquement aux prix du gaz ou encore à l’IRA. Les États-Unis profitent également de la guerre en Ukraine pour accroître leurs revenus à travers la vente d’armes.

Depuis le début de cette guerre, les États-Unis ont été le plus grand fournisseur d’aide militaire à l’Ukraine, fournissant plus de 15,2 milliards de dollars d’armes et d’équipements. L’UE a jusqu’à présent fourni environ huit milliards d’euros d’équipements militaires à l’Ukraine, selon le diplomate Josep Borrell.

Les États-Unis pourraient aussi profiter, selon un haut responsable à Bruxelles, de la lenteur du réapprovisionnement en armes des pays européens, en raison des problèmes dans la production de puces. Selon Politico, le Pentagone élabore déjà une feuille de route pour accélérer les ventes d’armes.

Un diplomate de l’UE suggère ainsi que les États-Unis pourraient se contenter de « l’argent qu’ils gagnent sur les armes » pour compenser « tout cet argent sur le gaz ». Il estime que la “remise sur les prix du gaz pourrait nous aider à garder nos opinions publiques unies ». « Ce n’est pas bon, en termes d’optique, de donner l’impression que votre meilleur allié est en train de tirer d’énormes profits de vos problèmes”, a-t-il dit. Une fracture qui ferait l’affaire de la Russie.

source: France soir

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