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Le Ghana dans la tourmente après la suspension du paiement de sa dette

En annonçant la suspension du paiement d’une partie des dettes du pays, le ministre des Finances du Ghana a pris par surprise les investisseurs. Au risque de compliquer la restructuration de la dette prévue par l’accord conclu avec le FMI au début du mois.


Le ministre des Finances du Ghana, Ken Ofori-Atta, a surpris les investisseurs internationaux en annonçant la suspension du remboursement de certaines dettes du pays. (Jose Luis Magana/AP/Sipa)

Prenant par surprise les investisseurs internationaux, le gouvernement du Ghana a annoncé, lundi, la suspension du paiement des échéances de sa dette externe. « Nous annonçons aujourd’hui [lundi, NDLR] la suspension de tous les paiements du service de la dette pour certaines catégories de notre dette extérieure, en attendant une restructuration », a annoncé dans un communiqué le ministre des Finances ghanéen, Ken Ofori-Atta.

Cette mesure vise à « empêcher une nouvelle détérioration de la situation économique, financière et sociale du Ghana », a-t-il précisé.

Un pays en crise

Le pays, autrefois cité en exemple pour sa stabilité et sa croissance élevée, ne cesse de s’enfoncer dans la crise . Premier producteur d’or du continent devant l’Afrique du Sud, deuxième producteur mondial de cacao derrière la Côte d’Ivoire , exportateur d’hydrocarbures et de diamant, le Ghana, à l’instar d’une grande partie des pays africains, a subi de plein fouet le ralentissement provoqué par la pandémie de Covid-19 que les conséquences économiques de la guerre en Ukraine n’ont pas arrangé.

L’inflation y est de plus de 50 % avec des prix à la pompe qui ont doublé cette année. La monnaie nationale, le cedi, s’est effondrée de plus de 50 % en 2022. Les réserves de changes ont fondu à 6,6 milliards de dollars fin septembre contre 10,7 milliards un an plus tôt. La dette qui n’a cessé de gonfler pour atteindre près de 40 % du PIB du pays cette année avale la moitié des revenus de l’Etat au titre du remboursement.

Le FMI appelé à la rescousse

Pris à la gorge, le gouvernement ghanéen a appelé au secours le Fonds monétaire international (FMI). Au début du mois, un accord de principe devant encore être entériné par le Conseil d’administration de l’institution multilatérale avait été trouvé entre les représentants de la mission du fonds et le gouvernement pour un prêt de 3 milliards de dollars.

Une partie importante de cet accord consiste à ramener la dette du pays sur une trajectoire viable par le biais d’une restructuration, en demandant aux investisseurs d’échanger leurs obligations contre de nouvelles obligations arrivant à échéance plus tard.

Les créanciers pris par surprise

En annonçant unilatéralement la suspension de certains paiements sur les euro-obligations, les prêts commerciaux et la plupart des obligations bilatérales, le Ghana a mis les créanciers privés devant le fait accompli. Ce qui pourrait compliquer les négociations avec eux en vue d’une restructuration.

« Le marché pensait qu’une restructuration était inévitable, mais il espérait que cela se fasse sur une base consensuelle afin que le Ghana reste à jour sur ses paiements d’euro-obligations le temps que les paramètres de cette restructuration soient définis », a déclaré à l’agence Bloomberg, Joe Leadbetter, analyste de crédit basé à Londres chez Emso. L’annonce est « quelque peu surprenante, car cela réduit la perspective d’une restructuration à l’amiable », a pour sa part indiqué à Bloomberg Richard Segal, analyste chez Ambrosia Capital à Londres. Pour l’économiste ghanéen Daniel Anim Amarteye, interrogé par l’AFP, cette suspension pourrait éroder davantage la confiance des investisseurs dans l’économie.

D’autant plus que les trois grandes agences internationales de rating, Moody’s, Standard and Poor’s et Fitch, ont toutes récemment dégradé la notation de la dette du Ghana, signe de l’inquiétude des investisseurs quant à son potentiel défaut de paiement. Le temps où le Ghana faisait son entrée en fanfare en 2007 sur les marchés de capitaux internationaux et où le FMI promettait « un pays sans aide » est bien révolu.

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